22 décembre 2011 15

Centaines et milliers de milliards d’euros !

Rédigé par jp-chevallier dans la rubrique Banques : Banques Européennes

Le Mariole de la BCE joue allègrement avec les centaines de milliards d’euros, ce qui est impressionnant et anormal dans le cadre de l’activité ordinaire d’une banque centrale mais normal dans la mesure elle fait circuler l’argent quand les marchés interbancaires ne fonctionnent plus (ce qui n’est pas normal !).

En effet, la masse d’argent qui est en jeu ordinairement dans le système bancaire est considérable. Ainsi par exemple, le montant global des comptes de dépôt se monte aux alentours de 3 800 milliards d’euros (4 770 milliards en M1 moins 880 milliards en billets d’après le bilan de la BCE).
C’est de l’argent facilement disponible pour les banques qu’elles utilisent en partie, ce qui leur évite d’emprunter sur les marchés qui ne leur font plus confiance.

A titre de comparaison, les banques américaines ne disposent que de 1 150 milliards de dollars en dépôt sur les comptes de leurs clients. Il leur est donc plus difficile et coûteux d’emprunter.

Dans ces conditions, prêter 500 milliards d’euros à des banques en manque de liquidité (alors que d’autres ont des positions créditrices) est donc normal pour la BCE quand elle se substitue aux marchés.

La BCE a réussi (pour l’instant !) à faire ce que l’URSS n’a pas réussi à faire avec la Gos banque : organiser les circuits financiers et bancaires à la place des marchés.

L’expression que j’utilise, l’€URSS est donc parfaitement justifiée : la zone euro n’est déjà plus dans un système libéral mais dans un système socialiste à circuits bancaires organisés par le centre.

Une fois de plus, il est très intéressant de constater l’écart de culture économique et financière dans la zone euro par rapport au reste du monde. Partout ailleurs, tout le monde a peur de l’€ffondrement alors que dans la zone euro tous les journaleux et tous les bonimenteurs (en particulier le duo des stratégistes obligataires de Natixis !) répètent tous la même idiotie : les 500 milliards de la BCE, « c’est une bonne nouvelle, ça permet d’améliorer la liquidité des banques« .

Et pour terminer, une bonne nouvelle ! Natacha Valla économiste chez Goldman Sachs mérite amplement de participer au concours 2011 de la palme d’or de l’idiot inutile sur la base de ses déclarations à Challenges, cliquer ici pour lire l’article qui m’a été communiqué par un de mes lecteurs que je remercie.

Il n’y a aucune raison qu’il n’y ait que des idiots (masculins), au moins une présence féminine est indispensable, surtout après le départ aux Amériques de notre Bécassine.
Bienvenue au Club !

Par ailleurs, je lance un avis de recherche à mes honorables lecteurs : j’aimerais avoir l’avis de ce bon vieux Greenspan sur les dernières acrobaties de la BCE ! Si quelqu’un trouve quelque chose à ce sujet, je l’en remercie vivement par avance.

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15 réponses à “Centaines et milliers de milliards d’euros !”

  1. DOZIER dit :

    « Grâce à cette opération, on va gagner du temps, notamment au regard des autres processus européens qui sont en cours. »

    A quels processus européens Mlle VALLA fait elle allusion ?

    De mon point de vue, il s’agit pour Monsieur DRAGHI (et Mlle VALLA) de gagner du temps pour que puisse se mettre en place un mécanisme légal (et létal) permettant de mettre les pays de l’UE en coupe réglée tout en monétisant la dette de certains (mauvais élèves) juste ce qu’il faut pour leur maintenir la tête hors de l’eau.

    Avec une telle politique, c’est l’effondrement assuré du commerce extérieur allemand (pour ne citer qu’eux) et une stagflation en prime.

    Les fêtes de noëls se suivent et se ressemblent, j’attends de voir le noël 2012 et les suivants…

  2. Bear Services dit :

    Bonjour,

    Désolé pour ce hors sujet… quoique !
    J’ai une grosse partie de mon épargne en CAD. Je suis à la Banque Nationale du Canada.
    Voici son dernier rapport annuel
    http://www.bnc.ca/bnc/files/bncpdf/fr/2/f_ri_ra2011.pdf

    Je veux bien votre avis sur son ratio – quelques rubriques de capitaux propres (page 88) m’inquiètent. Votre œil vigilant serait le bienvenu et fort apprécié.

    D’avance un grand merci et bravo pour vos travaux

  3. H. dit :

    Bonsoir,

    J’apprécie beaucoup: « la zone euro n’est déjà plus dans un système libéral mais dans un système socialiste à circuits bancaires organisés par le centre. » Comme d’habitude, les commentaires officiels sont nuls. Heureusement, il y a le Net (pour encore combien de temps?).

    Sans rentrer dans les détails, je vous devine proche du commentaire de Vincent Bénard: http://www.objectifeco.com/economie/economie-politique/article/vincent-benard-bce-braquage-a-l-italienne-version-mario-draghi

    Avec cet extrait: « Italian Job 3.0: En clair, l’Euro Hold Up continue, mais cette fois, grâce à M. Draghi, c’est la banque qui braque les épargnants. Sans doute la version 3 du « braquage à l’italienne »… »

    Bon Noël et au plaisir de lire vos futurs billets.

  4. ratel dit :

    Toutes
    Marchés

    La BCE pourrait augmenter ses rachats d’obligations si nécessaire-Bini Smaghi :

    FRANCFORT, 22 décembre (Reuters) – La Banque centrale européenne (BCE) dispose de la possibilité d’utiliser des mesures assimilées à de l’assouplissement quantitatif si la menace de déflation se fait jour et elle peut également augmenter ses rachats d’obligations si nécessaire, a déclaré jeudi Lorenzo Bini Smaghi, membre du directoire de la BCE sur le départ.

    Sur la possibilité de mettre en oeuvre des mesures d’assouplissement quantitatif, utilisées par la Réserve fédérale américaine et la Banque d’Angleterre, Lorenzo Bini Smaghi, qui quittera son poste la semaine prochaine, estime que la BCE peut y recourir si la situation l’exige.

    « (Une telle politique) serait appropriée si les conditions économiques le justifient, par exemple des pays confrontés à une crise de liquidités pouvant se traduire par un phénomène de déflation (…) actuellement ce n’est pas le cas dans la zone euro car la BCE ne voit pas actuellement de risque de déflation », dit-il dans un entretien au Financial Times.

    Prié de dire si la BCE était susceptible d’augmenter ses rachats d’obligations émis par des pays de la zone euro en difficulté, voire fixer une limite au-delà de laquelle les rendements ne pourraient augmenter, Lorenzo Bini Smaghi déclaré que la BCE pouvait agir davantage en cas de nécessité.

    « Si le problème n’est pas la solvabilité des Etats mais une question de liquidités, alors la BCE a des marges de manoeuvre – on pourrait même dire qu’elle doit agir. »

  5. Sylvain dit :

    Merci de prendre, en partie la relève de cet excellent Milton Friedman au jour le jour… J’ai toujours l’impression que vos analyses, quoique un peu méprisantes parfois – ce qui fut délicieux concernant Nordine Naam ! – sont simples et éclairantes. Comme le furent les siennes. Bien à vous.

  6. rogger dit :

    Ais-je bien tout compris?

    La BCE viens de preter a 3 ans 500 milliards d’€. Financé en partie par l’augmentation de la facilité de dépot. (200 milliards). Mais ce sont des dépôts a court terme. Si les banques décide de mettre les dépot hors BCE, avant de commencer a rembourser la BCE, cela sera inflationiste. A moins que la BCE ne réabsorbe ces liquidités….ou peut on suivre les rubriques du bilan de la BCE?

  7. Bear Services dit :

    @rogger

    Non ce n’est pas aussi simple – voici le communiqué :
    http://www.ecb.europa.eu/press/pr/date/2011/html/pr111208_1.en.html

    « To increase collateral availability by (i) reducing the rating threshold for certain asset-backed securities (ABS) and (ii) allowing national central banks (NCBs), as a temporary solution, to accept as collateral additional performing credit claims (i.e. bank loans) that satisfy specific eligibility criteria. These two measures will take effect as soon as the relevant legal acts have been published. »
    « Details of measures to increase collateral availability:

    In addition to the ABS that are already eligible for Eurosystem operations, ABS having a second-best rating of at least “single A” in the Eurosystem’s harmonised credit scale at issuance, and at all times subsequently, [1] and the underlying assets of which comprise residential mortgages and loans to small and medium-sized enterprises (SMEs), will be eligible for use as collateral in Eurosystem credit operations. They must also satisfy all of the following requirements:

    (a) the cash-flow-generating assets backing the ABS must all belong to the same asset class, i.e. the asset class must consist of either only residential mortgages or only loans to SMEs;

    (b) the cash-flow-generating assets backing the ABS cannot include loans which are:

    at the time of issuance of the ABS, non-performing; or

    at any time, structured, syndicated or leveraged;

    (c) the counterparty submitting an ABS as collateral (or any third party with which it has close links) cannot act as an interest rate swap provider in relation to the ABS;

    (d) the ABS transaction documents must contain servicing continuity provisions;

    (e) the ABS must fulfil all other existing eligibility requirements, except for the ratings requirement.

    The NCBs are allowed, as a temporary solution, to accept as collateral for Eurosystem credit operations additional performing credit claims that satisfy specific eligibility criteria. The responsibility entailed in the acceptance of such credit claims will be borne by the NCB authorising their use. Details of the criteria for the use of credit claims will be announced in due course.

    Furthermore, the Governing Council would welcome wider use of credit claims as collateral in the Eurosystem’s credit operations on the basis of harmonised criteria and announces that the Eurosystem is aiming to:

    enhance its internal credit assessment capabilities; and

    encourage potential external credit assessment providers (rating agencies and providers of rating tools), and commercial banks that use an internal ratings-based system, to seek Eurosystem endorsement under the Eurosystem Credit Assessment Framework. »

    En gros les bad banks ont pu déposer un certain nombre d’actifs « notés A = pourris ?! » en garantie. Donc pendant 3 ans ces actifs Apourris sont dans le bilan de la BCE et plus dans celui des banques !

    • jp-chevallier dit :

      Non : ce sont des « prises de pension », ie les collatéraux restent dans le bilan des bk, la BCE prête l’argent que les bk créditrices lui ont prêté.
      Le problème est celui des rachats de junk bonds par la BCE, soulevé par la bk centrale des Pays-Bas, je vais revenir sur ce point important.

  8. daniel ROND dit :

    Monsieur CHEVALLIER?

    Je ne connais pas l’avis du vieux GREENSPAN, mais je connais celui du vieux MICHELET.

    Un système qui génère l’incompétence est condamné à disparaître…

  9. Muse dit :

    Petite vidéo pour détendre l’atmosphère ;-) quoique……

    http://www.youtube.com/watch?v=NAUDpgowarU

  10. Bear Services dit :

    Re-bonjour,

    Oui et non …

    Pendant 3 ans le risque est tranféré à la BCE – et ce risque est rémunéré 1% – pas mal non
    1% pour couvrir un risque noté A et qui demain peut très largement descendre …. c’est effectivement Noël
    Le Bond français est jusqu’à nouvel ordre toujours AAA et actuellement rémunère à 3,04%
    Le Bond espagnol est à A1 (par Moodys je crois) et actuellement rémunéré à 5,37%

    Cherchez l’erreur !

  11. Bear Services dit :

    Pour être plus précis le Bond espagnol 2 ans est à 3,64%
    Celui à 5 ans à 4,58%

    Disons à la louche que le marché paie le risque A1 sur 3 ans à la louche à 3,9% actuellement

  12. Amaury dit :

    Le président du Sénat, Jean-Pierre Bel (PS), a annoncé vendredi avoir choisi l’économiste Bernard Maris pour siéger au conseil général de la Banque de France. Membre du conseil scientifique d’Attac, il est une des voix françaises de l’anti-libéralisme.

    « Qui est encore pour la mondialisation ? Les doctrinaires libéraux, ceux qui pensent que le fric ne sert qu’à faire plus de fric, si possible en cassant du social ou en détruisant l’environnement », déclarait M. Maris en juillet, dans une de ses chroniques.

    http://www.francetv.fr/2012/un-altermondialiste-au-conseil-de-la-banque-de-france-24297

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