14 février 2018 9

Principes comptables, prêts non performants, banksters et Unicredit

Rédigé par jp-chevallier dans la rubrique Banques : Banques Européennes

Un complément s’impose encore à propos de mes articles précédents sur l’application des principes comptables à géométrie variable par les banksters de la zone euro

L’International Accounting Standards Board (IASB) a défini en juillet 2014 la norme « IFRS 9 Instruments financiers » de façon à préciser l’application des règles comptables pour ce qui concerne la comptabilisation des produits financiers par les banques.
En effet, les banksters doivent respecter le principe de l’enregistrement de leurs opérations financières à leur juste valeur (fair value) en vigueur d’une façon générale dans le cadre des règles comptables IFRS (International Financial Reporting Standards) qui sont appliquées par toutes les entreprises depuis des années.

Le problème est que cette IFRS 9 n’aborde pas celui des prêts dits non-performants (NPL, Non-Performing Loans) appelés aussi créances douteuses en France, qui sont en réalité des pertes quasi certaines que doivent supporter les banksters qui ont accordé (à tort) des crédits à des clients qui ne les rembourseront pas (ou en partie).

Il s’agit même d’un problème de grande ampleur, d’après les Marioles de la BCE eux-mêmes !

Document 1 :

Tout est dit en un petit paragraphe par les Marioles de la BCE eux-mêmes sur une page de leur site consacrée à ces prêts dits non-performants qu’ils évaluaient à… 1 000 milliards d’euros en 2016 pour ce qui concerne les seules grandes banques de la zone !

Les Marioles de la BCE précisent même la raison de cette gigantesque tromperie : ces prêts dits non-performants étaient (et sont) quasiment inexistants aux Etats-Unis.
En effet, ils ne représentaient que 1,3 % du total des prêts contre 6,2 % pour les banksters de la zone, avec un taux à 2 chiffres pour 6 pays dont 15 % pour l’Italie !

Les Américains, c’est-à-dire les autorités des Etats-Unis et les dirigeants les plus influents des grandes banques, pervers, ont laissé faire les banksters de la zone, en les poussant à la faute, et ça a marché : les banksters de la zone l’ont mise dans une situation potentiellement catastrophique !

Pour rappel, en 2008, quand les banksters américains faisaient le même type de magouilles en accordant des prêts (immobiliers) à des clients qu’ils savaient qu’ils allaient devenir insolvables, le bombardier furtif B-2, Ben Bernanke, n’a pas hésité à flinguer sans sommation à bout portant pour l’exemple une banque, celle des frères Lehman, dans la grande tradition des cow-boys, et ça a marché : les banques américaines respectent depuis lors les règles prudentielles d’endettement préconisées par ce bon vieux Greenspan, ce qui a permis de rétablir les fondamentaux aux Etats-Unis avec une croissance normale et le plein emploi sans inflation…

Evidemment, ni les autorités ni les banksters de la zone ne veulent appliquer les principes comptables de fair value car beaucoup d’entre elles tomberaient de ce fait en faillite.
En conséquence, la croissance est bridée dans la zone depuis plusieurs années avec de graves conséquences sociales.
Pire, un €-crash devrait se produire dans un avenir proche
.

Après l’exemple de la banque Intesa Sanpaolo, celui d’Unicredit permet de mettre en évidence le surendettement des grandes banques italiennes.

D’après les chiffres du bilan publié par les banksters d’Unicredit, le leverage de 13,1 donne l’illusion que tout va bien,

Document 2 :

Cependant, d’après une note du rapport financier, le ratio de leverage dit Fully loaded (correspondant à l’expression plus correcte que je retiens qui est en fait le ratio Core Tier 1 de jadis), est de… 5,5 % !

Document 3 :

En conséquence, le véritable leverage, c’est-à-dire compte tenu de l’application de l’IFRS 9, passe à 18,1 comme indiqué dans la colonne notée 2017 e,

Document 4 :

Unicredit201620172017 e2017 efv2017 e n
1 Assets859,5836,8836,8836,8249,1
2 Equity39,359,359,359,359,3
3 Deductions--141414
4 Goodwill1,4841,4841,4841,4841,484
5 Tangible eq39,33659,33143,84722,64722,647
6 Liabilities820,197777,459792,943814,143226,47
7 Leverage (µ)20,913,118,135,910
8 Core Tier 1 (%)4,87,65,52,810

Pire encore, une autre note précise que les prêts dits non-performants, en fait un concept proche, les NPE (Non-Performing Exposures) nets seraient de 21,2 milliards d’euros,

Document 5 :

En conséquence, le véritable leverage d’Unicredit devrait être de 35,9 en appliquant le principe de fair value pour ces prêts dits non-performants, comme indiqué dans la colonne notée 2017 efv.

Normalement, c’est-à-dire en appliquant le principe de fair value pour ces prêts dits non-performants et la règle prudentielle d’endettement préconisée par ce bon vieux Grenspan, à savoir un leverage de 10 maximum, pour des capitaux propres tangibles de 22,647 milliard d’euros, Unicredit devrait avoir au maximum 10 fois plus de dettes, soit un total des actifs de 249,1 milliards.

588 milliards d’euros se trouvent donc en trop dans les actifs d’Unicredit, c’est-à-dire que ces banksters ont accordé 588 milliards de prêts qu’ils n’auraient pas dû accorder !
Ainsi s’explique la situation potentiellement catastrophique de la zone euro dans laquelle s’est produite une hypertrophie létale à terme de la masse monétaire.

Cliquer ici pour accéder à la page de la BCE sur les prêts dits non-performants.
Cliquer ici pour accéder aux résultats d’Unicredit.

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9 réponses à “Principes comptables, prêts non performants, banksters et Unicredit”

  1. polo dit :

    Bonsoir monsieur Chevalier, la FED à seulement flinguer la banque des frères Lehman ( banksters ) et sauver toutes les autres banques (banksters aussi) avec l’argent du peuple américain à mes yeux sa reste une décision impartiale voir un règlement de compte

  2. Bertrand dit :

    Unicredit….lisez les faillites des pays de l’est….toutes financées par unicredit.

  3. abb dit :

    Ce n’est pas 1000 milliards le problème, mais 4000 milliards et pour l’essentiel la cause est la titrisation des prêt immobiliers américains revendus en petits morceaux au travers de sicav. Comme ca on ne retrouve plus le vrai propriétaire du prêt et impossible d’agir sur la vente du bien.

  4. totohk dit :

    juste pour info j’ai vu que Natixis publie l’impact d’ IFRS 9 qui leur coûte 0.15% sur leur ratio core tier 1

  5. Libre dit :

    Une catastrophe monétaire phénoménale qui en raison des désordres provoqués pourrait amener le retour du fachisme ( le vrai pas Mme le Pen) en europe…

    • PhildeFer dit :

      C’est à peu près ce que ne cesse d’annoncer depuis des années, le blog dont j’ai déjà donné le lien dans un autre commentaire. Simplement, ce blogger y voit des accomplissements prophétiques alors que je n’y vois qu’une simulation d’événements prophétisés déjà accomplis (ce qui fait partie intégrante de la mystique kabbaliste).
      Le résultat reste le même: l’acceptation à marche forcée par tous les peuples d’une « fédération européenne » qui sera dirigée par un « homme providentiel » (un Roi? Un guide? Un fûhrer? non-élu mais propulsé sur le devant de la scène avec l’appui des médias aux ordres lors du grand chaos vraisemblablement imminent…

  6. LORIS VIDAL dit :

    Pour rappel les NPL enregistrés au bilan ne sont pas automatiquement ramenés à 0 sous IFRS9 mais à leur fair value ce qui n’est pas la même chose…

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