14 octobre 2018 10

Banquiers / banksters : grille d’analyse

Rédigé par dans la rubrique Banques :

Comment évaluer la fiabilité des banques ?
Comment distinguer les banquiers sérieux des banksters ?
Comment séparer le bon grain de l’ivraie ?

Pour Alan Greenspan, la réponse est simple (tout est simple, mais pas simpliste) : le total des dettes des banques ne doit pas dépasser 10 fois le montant de leurs capitaux propres.
Le rapport entre le total de leurs dettes et (sur) le montant de leurs capitaux propres est le multiple d’endettement, le leverage en anglais qui doit donc être inférieur à 10, son inverse (en pourcentage), le ratio Core Tier 1 devant être supérieur à 10 %
.
C’est là une norme, c’est-à-dire une règle prudentielle de bonne gestion qui s’impose.

Le problème est alors de déterminer le montant des véritables capitaux propres des banques car les banksters ont des groupes de pression très influents qui réussissent à faire la loi, leurs lois, qui les autorisent à publier des capitaux propres, des leverages et des ratios qui ne donnent pas une image fidèle de la réalité

Pourtant, a priori, la solution de ce problème est simple : les actifs des banques (assets) sont financés par l’argent qu’elles ont, c’est-à-dire leurs capitaux propres (equity) et par l’argent qu’elles n’ont pas mais qu’elles empruntent, c’est-à-dire des dettes (liabilities).
En anglais, le mot passif n’existe pas : les actifs ne peuvent être financés que par des capitaux propres et des dettes (formant le passif en français) sous l’intitulé en anglais de liabilities and equity (dettes et capitaux propres).

C’est simple, trop simple pour les banksters qui ont introduit tant de complexité que beaucoup de gens, et non des moindres, sont incapables d’évaluer correctement la fiabilité des banques.

***

Le point de départ pour déterminer le véritable montant des capitaux propres d’une banque est le montant des capitaux propres parts du groupe (stockholder’s equity) qui est toujours publié.
Pour le déterminer, il faut partir du total des capitaux propres (common equity ou total equity) et en retrancher le montant des intérêts minoritaires (noncontrolling interests) qui correspondent à des capitaux qui appartiennent à des actionnaires dits minoritaires c’est-à-dire de filiales dont la banque ne possède pas la majorité des actions.

Document 1 :

Cependant, les banksters ont réussi à concevoir et à faire admettre par les autorités comptables des titres hybrides comme par exemple les actions de préférence (preferred stock) qui sont comptabilisées dans les capitaux propres du fait de leur dénomination mais qui sont des actions sans droits de vote dont la rémunération est fixée non pas en fonction des bénéfices mais en pourcentage du montant de ces actions, ce qui les apparente en fait à des obligations, d’autant plus qu’en cas de faillite, leurs titulaires sont remboursés préférentiellement, d’où leur nom, c’est-à-dire avant les actionnaires ordinaires et même avant certains autres créanciers obligataires.

Les Contingent Convertibles (CoCos), les titres subordonnés et autres sont des titres hybrides du même genre que les actions de préférence qui doivent être déduits du montant des capitaux propres parts du groupe (stockholder’s equity) pour se rapprocher de la détermination du montant des véritables capitaux propres des banques.

Ensuite, il faut soustraire de ce dernier montant les actifs dits intangibles qui sont des actifs à distinguer des… actifs tangibles qui seuls sont des actifs réels (dont la réalité est indéniable).
Ces actifs intangibles (intangible assets), survaleurs ou écarts d’acquisition (goodwill) sont en fait des actifs qui ont une très forte probabilité (ou une quasi-certitude) d’être surévalués mais dont la valeur réelle au moment d’établir le bilan n’est pas constatée, donc pas comptabilisée en pertes
.

Dès lors, le montant réel des capitaux propres obtenu correspond à ce qu’on appelle les capitaux propres tangibles (tangible equity) qui permettent enfin de calculer le multiple d’endettement réel (leverage) d’une banque qui est censé donner une image fidèle de la réalité.

Cependant, les dirigeants des banques bien gérées qui font de confortables bénéfices ont pris l’habitude de racheter une partie de leurs actions, ce qui représente parfois des sommes importantes.
Ces rachats d’actions sont comptabilisés dans le poste treasury stock (actions d’autocontrôle).

Pour donner une image fidèle de la réalité des capitaux propres tangibles réels, il faut donc réintégrer ces actions d’autocontrôle (treasury stock) dans les derniers chiffres obtenus, ceux des capitaux propres tangibles ce qui permet d’obtenir enfin le véritable leverage des banques !

Ces actions d’autocontrôle sont comptabilisées en diminution des capitaux propres tangibles tant qu’elles ne sont pas réintroduites sur les marchés mais les dirigeants des banques peuvent bien entendu les réintégrer dans les capitaux propres en cas de nécessité.
Elles ont l’avantage de doper les cours des actionnaires ordinaires.

***

Les banksters profitent du manque de culture financière de la population en matière bancaire et de leur influence déterminante sur les autorités bancaires et sur la nomenklatura au pouvoir pour enduire dans l’erreur à l’insu de leur plein gré tout le monde en publiant des données, des leverages et des ratios qui ne donnent pas une image fidèle de la réalité.

Pour l’essentiel, ils se basent au départ non pas sur le total des actifs mais sur les actifs dits pondérés des risques qu’ils obtiennent à la suite de règles absconses qui ne donnent pas de résultats fiables.
Ainsi par exemple, aucune des données publiées par Citigroup ne correspond à cette grille d’analyse !

Document 2 :

Il est pourtant simple de décrypter ces manips en utilisant cette grille d’analyse afin d’évaluer la fiabilité des banques, de distinguer les banquiers sérieux des banksters et de séparer le bon grain de l’ivraie.

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10 réponses à “Banquiers / banksters : grille d’analyse”

  1. Jerome dit :

    Une erreur au niveau des minoritaire. La banque contrôle la majorité mais pas la totalité des titres.

    Bonne journée

  2. Anas dit :

    Bonjour M Chevallier,

    Merci tout d’abord pour vos analyses très éclairantes.

    Je ne suis pas du tout un expert dans la matière, mais j’avais lu il y a quelque temps que la différence des ratios d’endettement entre banques européenes et américaines serait due aux normes comptables (US GAAP pour les US et IFRS pour l’Europe). La norme US GAAP permettrait de comptabiliser les dérivés en net et non pas en brut comme c’est le cas pour IFRS. Le résultat serait probablement un bilan très sous-estimé pour les banques US (et donc un ratio d’endettement sous-estimé également).

    http://www.focusifrs.com/content/download/7839/40941/version/1/file/4-5.pdf

    Je pensais me pencher un peu plus sur le sujet dès que j’aurai un peu de temps, mais du coup je voulais vous demander votre avis sur ce point. Vous en pensez quoi ?

  3. Barca69 dit :

    Article remarquable de synthèse. A archiver !

  4. daniel dit :

    En 2010, ce scénario s’avérait déjà!pourquoi n’a-t-on pas laisser les marchés épurer la situation? Par ailleurs, on annonce que la prochaine crise sera la crise de la dette et non une nouvelle crise bancaire…ce qui me semble être une ineptie. Mais je peux ne rien voir compris.

  5. JACQUES dit :

    Bonjour

    J’ai tenté de calculer le ratio Alan Greenspan pour le CREDIT MUNICIPAL DE LYON
    : le total des dettes des banques ne doit pas dépasser 10 fois le montant de leurs capitaux propres. Le rapport entre le total de leurs dettes et (sur) le montant de leurs capitaux propres est le multiple d’endettement, le leverage en anglais qui doit donc être inférieur à 10, son inverse (en pourcentage), le ratio Core Tier 1 devant être supérieur à 10 %

    donc pour le BILAN DU CREDIT MUNICIPAL LYON, selon le rapport 2016
    PROVISIONS CAPITAUX PROPRES ET ASSIMILÉS 28 088 637
    OPÉRATIONS DE TRÉSORERIE ET INTERBANCAIRES. 26 425 668
    OPÉRATIONS AVEC LA CLIENTÈLE 61 769 440

    soit 61769440+26425668 soit 88195108
    / 28 088 637 soit un ratio 3,139885641
    rapport 2016
    http://www.credit-municipal-lyon.fr/

    Dans le bilan on trouve aussi

    Ratios prudentiels bancaires
    LES INDICATEURS DE GESTION
    15
    RATIO DE SOLVABILITÉ
    Le rapport entre le montant des fonds propres
    (y compris FRBG) et celui de l’ensemble des
    risques de crédit doit être au minimum de 8 %.
    2014 2015 2016
    Fonds propres x 100
    risques 36,67% 39,42% 42,79%
    Ratios de gestion

    COEFFICIENT D’EXPLOITATION (Compte de résultat publiable)
    2014 2015 2016
    (Charges de personnel+ frais
    généraux + amortissements) x 100
    P.N.B.
    73,71% 75,23% 75,77%
    CHARGES DE PERSONNEL / PRODUIT NET BANCAIRE
    2014 2015 2016
    Charges de personnel x 100
    P.N.B. 51,06 % 52,22 % 52,18 %

    B/ Le bilan bancaire
    • À l’actif, les crédits à la clientèle qui
    constituent l’activité principale de la
    CAISSE, représentent près de 67 % du
    total du bilan, la part de la trésorerie et
    des placements financiers 29 %.
    • Au passif, les capitaux permanents et
    assimilés y compris le résultat après
    affectation et les provisions pour risques
    et charges s’établissent à 28 089 K€
    en progression régulière.
    Le financement de la Caisse se répartit
    en trois catégories avec un recours à
    l’emprunt extrêmement réduit :
    – les dépôts de la clientèle : 65,86 %
    – les capitaux permanents : 30,36 %
    – les emprunts : 1,85 %
    La part des capitaux propres dans le
    financement des activités du CRÉDIT
    MUNICIPAL DE LYON permet de dégager
    sur les ressources un coût moyen qui reste
    inférieur au marché. Il est donc possible de
    proposer à la clientèle, et particulièrement
    pour les prêts à caractère social (prêts
    sur gage, ADIE, microcrédit social), des
    taux d’intérêt relativement attractifs tout
    en assurant une rentabilité d’exploitation
    indispensable à la pérennité de
    l’Établissement et conforme aux grandes
    orientations définies par le CONSEIL
    D’ORIENTATION ET DE SURVEILLANCE
    et aux obligations édictées par l’Autorité
    de Contrôle Prudentiel et de Résolution

    Cordialement

    • Pas compris dit :

      Intéressant, mais au passif on trouve 24.2M€ de « fonds de dotation », est-ce réellement la banque qui en a la propriété ?

    • jacques dit :

      en complément à mon précédent message

      LES MISSIONS SOCIALES
      L’action sociale : la mission première du CRÉDIT MUNICIPAL.
      Depuis sa création, conformément à son statut public et à sa vocation sociale, l’établissement propose une aide et un secours aux personnes connaissant des difficultés passagères.

      Le monopole du prêt sur gage
      Le Crédit Municipal est investi d’une mission de service public qu’il exerce principalement à travers le prêt sur gage dont il détient le monopole en France.

      Le prêt sur gage est un prêt d’argent, garanti par le dépôt d’un objet de valeur. L’emprunteur reste propriétaire de son objet et peut le récupérer à tout moment.
      Le succès du prêt sur gage tient à la simplicité des démarches, l’immédiateté du versement, la sûreté du stockage, la disponibilité du bien à tout moment, ainsi qu’une garantie totale de discrétion.

      Une banque différente
      Pour prolonger sa mission sociale, le Crédit Municipal de Lyon a choisi, il y a plus de 50 ans, de développer une activité bancaire. Cette dernière se veut résolument différente des banques traditionnelles afin d’être en adéquation avec le statut de banque publique et sociale du CREDIT MUNICIPAL.

      Une contribution au CCAS de LYON
      En fonction des résultats obtenus, le Conseil d’Orientation et de Surveillance du Crédit Municipal de LYON peut en affecter une partie au CCAS (Centre Communal d’Action Sociale de la ville de Lyon) pour lui permettre de poursuivre plus aisément sa mission au profit de la population lyonnaise. Ainsi, au titre de l’exercice 2016, un montant de 260 K€ a été versé au CCAS de Lyon.

  6. Pas compris dit :

    Une erreur au niveau des préconisations de A. Greensman, il conseillait 20% et pas 10% !

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