8 novembre 2018 19

BNP-Paribas : 3° trimestre 2018… et les stress tests

Rédigé par dans la rubrique Banques : Banques françaises :

Abstract :
Le meilleur indicateur synthétique de la (bonne ou de la mauvaise) santé des banques est le multiple d’endettement, le leverage, qui est le rapport entre le total des dettes et (sur) le montant des véritables capitaux propres dits tangibles.
Les banques doivent publier ce montant des capitaux propres tangibles qui apparait sous l’expression CET 1 (Common Equity Tier 1) qui élimine tous les titres dits hybrides que les banques européennes continuent à intégrer à tort dans leurs capitaux propres sous la pression de leurs banksters.
Cependant, ce CET 1 ne donne pas une image fidèle de la réalité car les banques européennes continuent à pouvoir comptabiliser les prêts qu’elles accordent à leur clientèle sans provisionner tous les prêts dits non performants (NPL, Non Performing Loans) alors que les banques américaines comptabilisent à juste titre leurs prêts en net, compte tenu des pertes potentielles que sont ces NPL.
Par ailleurs, les banques européennes ne comptabilisent pas les pertes sur les prêts réputés sûrs, c’est-à-dire non douteux ni sur certains autres actifs considérés comme sûrs eux-aussi comme ceux de pays et de banques non fiables comme c’est le cas en Turquie, en Grèce et en Italie.
Lorsque l’on prend en considération tous ces éléments, le leverage de BNP-Paribas atteint… 41,67 alors que ce bon vieux Greenspan préconise un maximum de 10
et que celui de la banque des frères Lehman était de 32 lorsque les autorités américaines l’ont mise en faillite.
BNP-Paribas va peut-être conserver sa place de la pire des banques mondiales présentant un risque systémique, ce qui n’empêche pas les autorités de la zone euro de lui accorder un satisfecit dans le cadre de leurs derniers tests de stress (stress tests en anglais) !
En fait le véritable test de stress est celui qui est effectué par les marchés, c’est-à-dire par les investisseurs.
Ainsi, JPMorgan Chase a une capitalisation boursière de… 365 milliards de dollars (USD) alors que celle de BNP-Paribas n’est que de… 58 milliards d’euros pour des actifs portant sur quasiment les mêmes montants (2 615 milliards de dollars et 2 234 milliards d’euros respectivement) !

Yapa foto !
Ce grand écart s’explique par le fait que le montant des capitaux propres tangibles de JPMorgan est de… 231,5 milliards de dollars alors que celui de BNP-Paribas n’est que de… 52,4 milliards d’euros !
Yapa foto !
Bien entendu, les autorités et la communauté financière américaines connaissent parfaitement l’état de délabrement des banques européennes dont celui de BNP-Paribas.
Une fois de plus, à ma connaissance, je suis le seul à décrypter correctement les données des banksters européens en me basant sur les documents officiels en accès libre (et en les citant) alors qu’aucun journaleux ni spécialiste en finances patenté ne publie ce type d’analyse.

***

Comme je l’ai écrit à maintes reprises, la situation des big banks (européennes) too big to fail dépasse largement les normes au point que certaines d’entre elles sont au bord de la faillite mais elles sont miraculeusement maintenues en survie, jusqu’à présent du moins.

C’est le cas de BNP-Paribas.
Pour me faire mieux comprendre, une bonne idée est de comparer cette Gos banque à la banque américaine (des Etats-Unis) qui s’en rapproche le plus de par le montant de ses actifs : JPMorgan Chase avec 2 615 milliards de dollars d’actifs car ceux de BNP-Paribas sont de 2 234 milliards d’euros.

JPMorgan, ce sont 231,5 milliards de dollars (USD) de capitaux propres tangibles et 365 milliards de capitalisation boursière.
BNP-Paribas : 52,4 milliards d’euros de capitaux propres tangibles et 58 milliards de capitalisation boursière !

Sur ces deux seules données, les plus nuls des pires idiots comprennent tout de suite que BNP-Paribas est tout ce qu’on veut mais pas une banque.
L’état de délabrement intellectuel des Euro-zonards et des Français en particulier qui n’ont encore jamais réagi face à une telle situation est impressionnant.
Inutile d’en rajouter davantage.

***

Les données du bilan de BNP-Paribas sont le point de départ de l’analyse,

Document 1 :

Le montant des véritables capitaux propres dits tangibles est indiqué sous l’expression en pur franglais de Capitaux propres Common Equity Tier One,

Document 2 :

C’est cette donnée, le CET 1 qui permet de calculer une première évaluation du leverage de BNP-Paribas,

Document 3 :

BNP-Paribas2017 Q32017 Q42018 Q12018 Q22018 Q3
1 Assets2 158,501 960,252 150,522 234,492 234,23
2 Equity100,544101,983100,10298,71199,876
3 Deductions15,59116,71216,5215,02215,618
4 Goodwill9,6539,5719,4828,3898,458
5 Tangible eq75,375,774,175,375,8
6 Liabilities2 083,201 884,552 076,422 159,192 158,43
7 Leverage (µ)27,6724,928,0228,6728,48
8 Core Tier 1 (%)3,614,023,573,493,51

Les banksters de BNP-Paribas ne provisionnent pas tous les prêts dits douteux, c’est-à-dire les prêts qui ont une forte probabilité de ne pas être remboursés à l’échéance, alias les prêts dits non performants, les NPL (Non Performing Loans) comme ils l’indiquent clairement sur un tableau sur les diapositives publiées en complément du rapport financier trimestriel,

Document 4 :

Pour donner une image fidèle de la réalité, les banksters de BNP-Paribas auraient dû provisionner tous ces NPL, c’est-à-dire la différence entre le total des engagements douteux (27,1 milliards d’euro) et les provisions (21,5 milliards) soit 5,6 milliards qui doivent donc venir en diminution du montant des capitaux propres tangibles calculé précédemment (colonne NPL du document 8).

Par ailleurs, un des tableaux sur Excel uniquement en anglais indique que les doubtful loans (prêts douteux) comptabilisés ne tiennent pas compte de ceux émanant de la Grèce !

Document 5 :

Pour rappel, le rapport annuel audité de 2017 mentionnait des encours très importants sur des pays et des banques non fiables comme c’est le cas en Turquie, en Grèce et en Italie,

Document 6 :

Suite de ce document,

Document 7 :

Rien que sur la Turquie dont les actifs ont fondu de 30 % en 2018 par rapport à la situation fin 2017, les pertes potentielles non provisionnées se monteraient à 10 milliards d’euros environ, ce qui est une évaluation basse qui peut être retenue, venant en diminution du total précédent des capitaux propres tangibles (colonne NPL+Turkey du document 8).

En outre, les banksters de BNP-Paribas ont eu la bonté de préciser dans le rapport annuel audité de 2017 que sur les actifs réputés sains (indiqués sous l’appellation Encours sains présentant des impayés), ils avaient quand même comptabilisé 13,929 milliards de pertes dont seulement 6,100 milliards étaient couvertes par des garanties reçues, soit une perte de 7,829 milliards qui n’est manifestement pas enregistrée en diminution des capitaux propres tangibles, sauf indication contraire.
Il faut donc déduire ce dernier montant du total précédent des capitaux propres tangibles
(colonne NPL+Turkey+PL du document 8).

Compte tenu de tous ces éléments, l’évaluation du leverage qui donne l’image la plus fidèle de la réalité est au moins de 41 sachant que certains cadavres peuvent encore être cachés dans des placards (les pertes potentielles sur des engagements en Italie sont certainement sous-évaluées et celles qui sont mentionnées sur la Grèce ne sont pas provisionnées),

Document 8 :

BNP Paribas 18Q3NPLNPL + TurkeyNPL+Turkey+PLStandardTang. Equity
1 Assets2 234,232 234,492 234,49576,0812 234,49
2 Equity99,87699,87699,87699,87699,876
3 Deductions21,21831,21839,04739,047-111,653
4 Goodwill8,4588,4588,4588,4588,458
5 Tangible eq70,260,252,37152,371203,071
6 Liabilities2 164,032 174,292 182,11523,712 031,41
7 Leverage (µ)30,8336,1241,671010
8 Core Tier 1 (%)3,242,772,41010

Pour avoir un leverage respectant les règles prudentielles édictées par ce bon vieux Greenspan, ce qui est le cas des grandes banques américaines comme JPMorgan, le total des actifs de BNP-Paribas devrait se monter à… 576 milliards d’euros, ce qui signifie que ces banksters devraient céder pour… 1 658 milliards d’actifs (colonne Standard du document 8) !

Autre formulation : toujours pour respecter la règle du multiple d’endettement qui doit être inférieur à 10, les banksters de BNP-Paribas devraient augmenter leurs capitaux propres tangibles de… 150,7 milliards d’euros pour le porter à… 203 milliards (colonne Tangible Equity du document 8) !

Bien entendu, aucune de ces deux solutions, ou une combinaison des deux, ne peut se faire sans dommages considérables car BNP-Paribas est une banque too big to fail.
Elle ne tient que grâce au soutien de la BCE, à un taux de distribution très élevé de 6,5 % contre 2,9 % pour JPMorgan et… à l’ignorance totale des Français
!

Enfin, une émission particulièrement édifiante sur une partie des agissements des banksters de BNP-Paribas est visible sur internet, cliquer ici pour la visionner (nouveau lien direct qui fonctionne correctement).
Je remercie le lecteur (de mes articles) qui m’a transmis ce lien.

Cliquer ici pour voir les résultats de BNP-Paribas d’où sont tirées ces données.
Cliquer ici pour lire mon article sur les résultats du 2° trimestre de BNP-Paribas.
Cliquer ici pour lire mon article sur les turqueries de BNP-Paribas.

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19 réponses à “BNP-Paribas : 3° trimestre 2018… et les stress tests”

  1. Bertrand dit :

    BNP fortis c’est le crédit lyonnais d’aujourd’hui.

  2. How dit :

    « les plus nuls des pires idiots comprennent tout de suite que BNP-Paribas est tout ce qu’on veut mais pas une banque. »

    Meu non, c’est la JPMorgan la plus mauvaise, elle a besoin d’avoir autant de Capitaux pour faire le même poids que la BENEPEPE, m’enfin !

    Yapa foto ! Même que le dossier DB est sur le bureau à Trump, Yaconcurrencedéloyale ! Vraiment trop injuste.

  3. Clément dit :

    Je ne comprends pas la notion de taux de distribution de 6,5% pour la BNP. Vous pouvez précisez ?

  4. Clément dit :

    Ok merci, ça me paraissait trop absurde à première vue ^^

  5. Stenka07 dit :

    Tiens c’est bizarre en voulant visionner la vidéo en lien, elle n’est plus disponible.
    Bizarre, vous avez dit bizarre, comme c’est bizarre…..

  6. josick dit :

    « Bien entendu, les autorités et la communauté financière américaines connaissent parfaitement l’état de délabrement des banques européennes dont celui de BNP-Paribas. »
    « connaissent parfaitement  » ! J’ai eu peur, j’ai mal lu, croyant qu’il s’agissait des autorités européennes – ainsi que de sa communauté _ qui n’entendent rien à rien -. Mais non, là on parlait des autorités américaines !
    Ce qui est confirmé par la suite : « L’état de délabrement intellectuel des Euro-zonards et des Français en particulier qui n’ont encore jamais réagi face à une telle situation est impressionnant. »

    Très grande lucidité de JPC ! Bravo !

  7. milou dit :

    exact vidéo inaccessible !!

  8. Hector dit :

    Le lien est accessible sur youtube. Faut laisser tomber Chrome comme navigateur internet…

  9. Bertrand dit :

    11/11/2018……théorie des 11……quel changement?

  10. Nico dit :

    La journée commence bien, pourvu que ca dure…

  11. aab dit :

    spread us 0,26% et ca tient toujours et les élections sont passées.

    Vous nous trouvez quoi comme autre argument maintenant?

    Bientôt on sera en Mars 2019 et aucun de vos arguments ne sera recevable.

    il faut s’attendre a un sursaut guerrier vers le 05 decembre 2018, les énergies seront favorables pour accentuer les pressions de tout poil essentiellement en touchant les contrats et accords. les usa vont s’en donner à cœur joie.

    • jp-chevallier dit :

      J’ai en préparation depuis qq temps qqch d’intéressant sur la Chine…

      • K dit :

        Il semble se préparer quelque chose en Chine.

        Déjà le marché de l’automobile est parfois un indicateur avancé intéressant…
        https://www.zerohedge.com/news/2018-10-12/chinese-car-sales-suffer-record-drop-set-historic-collapse
        Sur 12 ans, plus bas des ventes enfoncé…. https://www.zerohedge.com/sites/default/files/inline-images/China%20passenger%20car%20sales.jpg?itok=Y-3nzkxe

        Accessoirement, noter que la situation de PSA en Chine est inquiétante. Il avait 3,5 à 4% du colossal marché chinois il y a 4 ans, il est maintenant effondré autour de 1%… (0,90% en septembre 2018)(PSA à eu avant le même problème de PDM effondré au Brésil et Russie). Le marché chinois était son deuxième gros marché, mais c’est cuit (Ford semble avoir le même problème). Et ayant racheté Opel, PSA est surdépendant du marché européen…. si vous voyez ce que je veux dire… (donc y a certainement pas que les banques qui vont « jumper »).
        https://www.leblogauto.com/2018/10/bilan-septembre-2018-chine.html
        https://www.leblogauto.com/2014/10/bilan-septembre-2014-chine.html
        (Noter qu’un des principaux actionnaire PSA est chinois, Dongfeng https://www.zonebourse.com/PEUGEOT-4682/societe/)
        Quelle est la raison ? mauvaise gamme ? produits peu compétitif/trop cher ? Refus de vendre à perte dans un marché politiquement gonflé au forceps à la bulle du crédit et de tout, ou les marques mainstream, et particulièrement chinoises…, vendent à perte (sans doute ça, hum ?) ? Autres ?

        Sur le fond et généralement il faut le dire, quand les occidentaux naif voyant pas plus loin que le bout de leur nez ont donné gentiment leurs technos, les chinois ont aussi pillés et volés systématiquement le reste de la technologie occidentale. Les occidentaux faisant maintenant face à leur propre techno, mais construite moins chère.
        Les occidentaux sont des chèvres sans fond toujours à horizon de vie court terme, leur naiveté est stratosphérique, orbital.
        Comme vous l’avez très bien dit « L’état de délabrement intellectuel des Euro-zonards et des Français en particulier qui n’ont encore jamais réagi face à une telle situation est impressionnant. »
        A ce niveau là, ça ne peut plus être que du ressort de la médecine.

        Seul les américains ont commencés a se réveiller,
        Donald, neveu de Picsou, a totalement raison, les pieds dans le REEL, les chinois ont pillés dans la tirelire, et que les USA doivent maintenant renvoyer le boomerang.
        Quand aux européens, ben…. heu, ben… ils vont descendre à la cave (en espérant qu’il y aura des médecins. Mais y aura des crocos aussi, et les crocos aiment les chèvres, LOVE).

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