L’hypertrophie de la masse monétaire M3 des États-Unis continue à augmenter : plus de 10 000 milliards de dollars sont en excédent par rapport aux normes, ce qui est létal à terme.
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La Fed publiait normalement depuis l’après-guerre les chiffres de la masse monétaire M3 en circulation aux États-Unis comme toutes les banques centrales de tous les pays normalement constitués le font depuis des décennies mais Ben Bernanke a décidé de ne plus les publier dès son entrée en fonction à la présidence de la Fed en février 2006.
Cependant, j’ai réussi à reconstituer le montant de la masse monétaire M3 des États-Unis, notée M3r avec un r pour révisée, à partir des entités qui constituent l’agrégat monétaire M3-M2, et qui sont encore et toujours publiées par les autorités américaines.
En effet, ces données sont indispensables à toute analyse monétaire afin de comprendre et anticiper les variations de l’activité économique et financière de toute nation…
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La masse monétaire M3r continue d’augmenter.
Elle a atteint 35 397 milliards de dollars à la fin du mois de février dernier, derniers chiffres publiés à ce jour, ce qui correspond à une hypertrophie de plus de… 10 000 milliards de dollars par rapport aux normes de 80 % du PIB courant à ne pas dépasser (cf. les explications ci-dessous après le document 5) !
Document 1 :
L’évolution sur la longue période de ce ratio M3r/PIB (en pourcentage) depuis que ces données sont publiées par notre ami Fred de Saint Louis, met en évidence que l’argent est resté sain aux États-Unis au cours de la seconde moitié du XXe siècle mais qu’une hypertrophie monétaire létale à terme s’y est développée surtout à partir du mois de juillet 2007 pour exploser en 2020 avec cette histoire de coronavirus, la situation se dégradant encore récemment…
Document 2 :
Ce dernier graphique (document 2) montre très clairement que le ratio M3/PIB a fluctué autour de 70 % de 1976 à l’an 2000 car les autorités américaines ont alors défendu énergiquement une rigueur indispensable pour que le système monétaire des États-Unis respecte cette règle prudentielle indispensable, à savoir un ratio M3/PIB inférieur à 80 %.
En effet, l’Amérique était alors fortement engagée à défendre le monde libre face au communisme qui a connu ses heures de gloire au XXe siècle, avant l’effondrement de l’URSS.
Pour cela, la condition nécessaire de la réussite du capitalisme libéral était de conserver en toutes circonstances l’argent sain, ce qui a été effectivement réalisé.
Cependant, par la suite, les pressions exercées par les dirigeants du secteur financier sur les autorités américaines ont été très fortes si bien qu’ils ont pu développer de nouveaux produits financiers qui ont fait leur fortune au détriment des intérêts nationaux.
Ainsi par exemple, les produits dérivés (dont les CDS) ont été développés au début des années 2000, le Bitcoin et les cryptomonnaies à partir de 2010.
Par ailleurs les dirigeants des banques ont exercé de fortes pressions sur les autorités monétaires pour ne plus respecter les réglementations restrictives qui ont maintenu la confiance de la population dans leurs banques pendant la seconde moitié du XXe siècle.
Ainsi par exemple, la règle prudentielle d’endettement édictée par ce bon vieux Greenspan qui recommandait un ratio de capitaux propres supérieur à 10 % du total des dettes n’est plus qu’un lointain souvenir d’une époque révolue…
Autre exemple de dérives bancaires : le crédit privé qui n’aurait jamais dû exister commence à poser présentement de gros problèmes, même aux banques… officielles !
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Un zoom sur la période récente, depuis 2019, montre que la dérivée seconde de la masse monétaire M3r augmente d’une façon inquiétante depuis la fin du mois d’octobre 2025…
Document 3 :
Les variations d’un mois sur l’autre de cette masse monétaire M3r sur la longue période confirment que ces turbulences financières ont commencé à se manifester à la fin des années 90 et qu’elles sont devenues hors normes à partir de l’automne 2005, date à laquelle Ben Bernanke a été choisi pour diriger la Fed car il était réputé comme étant un fin connaisseur de la gestion des crises pour avoir étudié avec brio celle de 1929.
Document 4 :
Effectivement, l’augmentation d’un mois sur l’autre de la masse monétaire M3r a été de 198,2 milliards de dollars au mois de février dernier, sur une tendance haussière.
Document 5 :
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Pour rappel, l’argent sain est le premier pilier des Reaganomics, dixit Arthur, Laffer, ce qui signifie que les ratios des agrégats monétaires par rapport au PIB annuel courant (en pourcentage) ne doivent pas dépasser certaines limites qui sont tirées de l’observation de leur évolution sur la longue période, depuis l’après-guerre, aux États-Unis.
Pour rappel, la masse monétaire globale d’une nation notée M3 est la résultante de trois agrégats monétaires…
L’agrégat monétaire M1 est la somme des soldes positifs des comptes courants et des billets en circulation et ce ratio M1/PIB (en pourcentage) ne doit pas dépasser 15 % du PIB.
L’agrégat monétaire M2 est constitué de la somme des agrégats M1 et de l’agrégat M2-M1 qui comprend les dépôts sur les comptes d’épargne. Ce ratio M2-M1 / PIB (en pourcentage) doit être inférieur à 40 % du PIB.
Enfin, l’agrégat M3-M2 correspond à la trésorerie globale des entreprises et des fonds mutuels de trésorerie. Ce ratio M3-M2 / PIB (en pourcentage) doit représenter moins de 25 % du PIB.
Document 6 :
Cependant, le problème est que depuis 2006, Ben Bernanke a fait interdire la publication du montant de la masse monétaire totale des États-Unis, M3, dès sa prise de fonction à la présidence de la Fed en février 2006 pour que les économistes monétaristes ne puissent plus les analyser et en tirer des conclusions qui sont pourtant essentielles.
Cependant, j’ai réussi à reconstituer le montant de la masse monétaire M3 des États-Unis, notée M3r avec un r pour révisée, à partir des entités qui constituent l’agrégat M3-M2, et qui sont encore et toujours publiées par ailleurs…
En effet, la masse monétaire totale M3 d’une nation est composée d’une part de l’agrégat monétaire M2 (dont les montants sont encore et toujours publiés mensuellement aux États-Unis) et d’autre part des fonds mutuels de trésorerie (Money Market Mutual Funds, MMMF) et de la trésorerie globale des entreprises, Corporate net cash flow.
Notre ami Fred de Saint Louis publie ces données pour ce qui concerne les fonds mutuels de trésorerie (MMMF) sous le code MMMFFAQ027S et la trésorerie globale des entreprises sous le code CNCF.
Ainsi, pour la période allant jusqu’en 1990, les courbes obtenues par les séries publiées par notre ami Fred de Saint Louis à partir des chiffres de l’agrégat M3 coïncident parfaitement avec celles des chiffres des fonds mutuels de trésorerie et de la trésorerie globale des entreprises.
Par la suite un décrochage se constate pour tendre finalement à se résorber en 2006.
Document 7 :
Ainsi, l’utilisation de l’agrégat monétaire M3-M2 défini par les chiffres des fonds mutuels de trésorerie et de la trésorerie globale des entreprises permet de définir l’évolution de la masse monétaire M3 des États-Unis après le mois de février 2006 jusqu’au mois de février 2026, derniers chiffres publiés à ce jour, pour l’agrégat monétaire M2, les autres données étant estimées conformes à l’évolution du trimestre précédent (en attendant la publication des chiffres du premier trimestre 2026), ce qui permet de donner une image la plus fidèle possible de la réalité.
Document 8 :
[Les courbes en tirets correspondent à une évolution qui aurait dû être normale des séries]
Ces courbes tirées des séries statistiques publiées par les autorités américaines permettent de mettre en évidence que l’augmentation de cette hypertrophie de la masse monétaire M3r est surtout provoquée par la hausse hors normes des fonds mutuels de trésorerie et marginalement par celle des flux de trésorerie.
Document 9 :
Les variations d’une année sur l’autre de la masse monétaire M3r ne sont pas significatives, surtout après les fortes turbulences totalement hors normes de 2020 à 2023 à cause de cette histoire de coronavirus,
Document 10 :
La vitesse de circulation de la monnaie est le rapport PIB/M3r, c’est-à-dire l’inverse du ratio M3/PIB (en pourcentage). Ce n’est pas un concept utilisable.
Il est préférable de se baser sur le ratio M3/PIB en pourcentage qui est plus facilement compréhensible.
Document 11 :
Toutefois, cette vitesse de circulation est un concept pédagogiquement utile car il permet de justifier le fait que plus la monnaie circule rapidement, plus la croissance en est stimulée, et inversement.
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Ces données ainsi précisées et analysées permettent de comprendre les relations entre les variations de la masse monétaire M3 d’une nation et celles de son PIB réel…
Les analyses et conclusions concernant les incidences des variations des agrégats monétaires sur celles du PIB réel ne sont plus prises en considération par les personnes qui interviennent sur les marchés financiers depuis une vingtaine d’années alors qu’il s’agit là de problèmes et de solutions qui sont pourtant à la base de l’activité économique de toute nation.
C’est la raison pour laquelle Ben Bernanke a pris soin de prendre ces dispositions pour que la Fed ne publie plus les chiffres hebdomadaires des agrégats monétaires M1, M2 et M3 à partir du moment où il a pris ses fonctions de chairman de la Fed en février 2006.
Par la suite, Jerome Powell a rajouté une couche d’opacité en ne publiant plus que les seules données mensuelles du seul agrégat monétaire M2.
Ainsi, seules les personnes qui agissent en interne à la Fed disposent de ces données pourtant fondamentales et elles peuvent manipuler à leur guise la communication financière et les marchés financiers !
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Les conclusions qui peuvent être tirées de ces données confirment donc qu’une hypertrophie monétaire (toujours létale à terme) menace gravement les États-Unis à tout moment, surtout en cas de perturbations exogènes, ce qui est effectivement le cas en ce début d’année 2026 avec cette guerre contre l’Iran.
Dès lors, une crise majeure est en gestation, en concordance avec l’adage d’Arthur, Laffer : le premier pilier des Reaganomics (et des monétaristes) est l’argent sain, ce qui signifie qu’une nation doit toujours avoir un ratio M3/PIB inférieur à 80 %, ce qui n’est pas le cas présentement !
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Les données sur les fonds mutuels de trésorerie (MMMF) sont celles qui sont codées MMMFFAQ027S par notre ami Fred de Saint Louis.
Cliquer ici pour y accéder.
Les données pour le quatrième trimestre 2025 pour les fonds mutuels de trésorerie (MMMF) et de la trésorerie globale des entreprises (CNCF) sont celles qui sont publiées par les autorités et reportées par notre ami Fred de Saint Louis.
Cliquer ici pour lire mon article précédent à ce sujet.
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