Création monétaire en zone euro, actualisation au 30 novembre

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La masse monétaire M3 (totale) de la zone euro continue inexorablement à augmenter comme je l’ai écrit maintes fois dans mes articles précédents et en particulier pour le mois d’août 2019.

M3 représentait fin octobre 108 % du PIB de la zone, en forte croissance depuis ces derniers mois.

Or la masse monétaire globale (M3) ne doit pas dépasser 78 % du PIB courant annuel, ce qui est le seuil critique empirique issu de l’observation de ce qui s’est passé aux États-Unis depuis l’après-guerre, ce qui constitue la norme en la matière, comme je l’ai écrit maintes fois aussi, et en particulier récemment pour la semaine finissant le 11 novembre.

En effet, si la masse monétaire globale M3 dépasse 78 % du PIB, des dysfonctionnements majeurs se produisent toujours et ils ont des conséquences particulièrement graves comme par exemple ce fut le cas dans l’Allemagne de l’après Première guerre mondiale, comme le montre très bien Pierre Jovanovic dans son livre Hitler ou la revanche de la planche à billets.

Arthur, Laffer a bien exprimé cette idée en la transcrivant dans cette règle fondamentale : l’argent sain est le premier pilier des Reaganomics, ce qui signifie que les autorités monétaires de tout pays doivent impérativement empêcher toute création monétaire indue car elle est létale à terme.

Avant la création de la zone euro, M3 fluctuait aux alentours de 70 % du PIB dans les pays de la future zone euro, ce qui était parfait mais malheureusement l’adoption de cette monnaie unique contre nature qu’est l’euro a engendré une hausse non maitrisée de cette masse monétaire globale M3.

Cette création monétaire indue se produit essentiellement dans l’agrégat M1 qui correspond à 46 % du PIB contre 13 % aux États-Unis alors qu’avant l’adoption de l’euro, ce ratio M1/PIB était au même niveau que celui qui était constaté aux États-Unis !

Pour rappel, M1 est constitué d’une part du total des dépôts des résidents aux États-Unis sur leurs comptes bancaires (Household deposits) et d’autre part du total des billets mis en circulation par la BCE (Currency). La fameuse planche à billets en a imprimé pour presque 800 milliards en trop !

Les dépôts sur les comptes bancaires des malheureux Euro-zonards représentent presque 46 % du PIB contre 9,75 % aux États-Unis et les billets représentent 10 % du PIB dans la zone euro contre 3,5 % aux États-Unis,

Yapa foto !

L’évolution des trois agrégats monétaires de la zone euro sur la longue période couverte par les données statistiques fournies par la BCE montre que leur structure était normale avant l’adoption de l’euro, avec une épargne des ménages (correspondant à l’agrégat M2-M1) fluctuant aux alentours de 40 % du PIB ainsi que M1, mais par la suite, une création monétaire indue s’est mise en marche inexorablement.

Une autre source d’hypertrophie monétaire se trouve dans l’agrégat M3-M2 qui correspond à la trésorerie globale des entreprises mais elle n’est pas bien décelable dans ces statistiques de la BCE car les gestionnaires de trésorerie de beaucoup de grandes entreprises établies dans la zone euro ont transmis des capitaux dans leurs entités établies en Suisse et au Royaume-Uni, ce qui leur est facile car ces pays font partie du SEPA (Single Euro Payments Area, Espace Unique de paiements en euros).

L’augmentation d’une année sur l’autre de la masse monétaire M3 a presque toujours été supérieure à celle du PIB annuel courant, ce qui signifie clairement que la création monétaire indue, supérieure à la création de richesse, s’est presque toujours produite depuis l’adoption de l’euro.

Autre formulation : la vitesse de circulation de la monnaie (qui est le rapport entre le PIB et (sur) M3 et donc l’inverse du ratio précédent (M3/PIB*100) continue à baisser au point d’être inférieure à 1, ce qui signifie que l’argent circule peu, ou mal, ce qui limite la croissance du PIB et donc la création de richesse !

Une conclusion amusante et nouvelle : la création monétaire indue s’oppose à la création de richesse.

En quelque sorte, il faut choisir : soit la création de richesse, soit la création monétaire !

Ces deux concepts sont antinomiques.

Tout est simple.

© Chevallier.biz

 

7 réflexions sur “Création monétaire en zone euro, actualisation au 30 novembre”

  1. Les faux-monnayeurs sont donc officiellement dans la place !
    Impossible donc de faire en même temps dans l’égalité et dans l’encouragement des producteurs de richesse et nouvelles richesses défiant les normes en place…

  2. « On se plut à penser que, si c’était une épidémie, elle s’arrêterait aux portes des grands États, de ceux qui avaient une tradition libérale, des partis de gauche bien constitués. De même, on n’ignorait pas ce que c’était que l’inflation et la monnaie avariée, mais on les regardait comme une plaie réservée à des peuples pauvres, primitifs, ou très mal administrés. On n’admettait pas que des pays riches, pourvus d’une véritable organisation financière, fussent atteints par cette sorte de pourriture d’hôpital. Tout cela s’est trouvé faux. La monnaie est tombée malade même là où elle avait la réputation de tout défier. »

    Jacques Bainville en 1935 au sujet des suite de la 1ère guerre mondiale. Ça ne fera pas beaucoup avancer le débat, mais outre le fait que ces lignes sont terriblement d’actualité, quelle beauté de la langue, non ?

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