Ben Bernanke super star paradoxale

Je reprends ici les analyses que j’avais développées (le 4 avril) en les complétant et en les précisant, en particulier grâce aux nouvelles possibilités graphiques de mon nouveau site…

Le bombardier furtif B-2, Ben Bernanke, a d’ores et déjà mieux réussi que son prédécesseur Alan Greenspan : le haut du cycle initié par la Fed a été prolongé comme le montre la courbe représentant l’écart des rendements des Notes à 10 ans et à 2 ans qui reste haute, ce qui signifie que les marchés anticipent encore pendant un certain temps le maintien de la croissance du PIB à son potentiel optimal (dans les 3 %), plus longtemps que lors des cycles précédents,
Graphique 1 :

(cliquer sur le graphique pour l’agrandir)

Ce graphique montre clairement les cycles initiés par le président de la Fed représentés par la courbe de tendance polynomiale (de l’écart des rendements des Notes à 10 ans et à 2 ans, bande rouge).
Il s’interprète de la façon suivante : le haut de la courbe correspond à une situation au cours de laquelle les marchés anticipent une croissance du PIB élevée pour les trimestres à venir (la courbe des taux est alors très pentue) mais avec une perspective ultérieure de baisse, et inversement.

Avec Alan Greenspan, l’inversion de la courbe des taux en 2000 (point bas du cycle de l’écart des rendements des Notes à 10 ans et à 2 ans) prédisait la récession qui s’est produite avec l’éclatement de la bulle internet prolongée par l’intervention américaine en Irak. Cette récession a culminé début 2003 mais les marchés prédisaient alors (point haut) à juste titre la forte reprise ultérieure de la croissance du PIB de l’ordre de 4 à 6 % et de la création massive d’emplois.

La phase de montée du cycle d’Alan Greenspan a duré 2 ans et demi contre 1 an de plus pour celle de B-2 (ce qui signifie que la croissance va être prolongée).
La baisse du cycle B-2 est plus lente que celle du cycle Greenspan : le point culminant du cycle actuel n’a d’ailleurs peut-être même pas été atteint !


Le point bas du cycle (de l’écart des rendements des Notes à 10 ans et à 2 ans) en 2006 prédisait une chute du PIB (la courbe des taux était alors inversée), ce qui s’est effectivement produit fin 2008 avec la crise dite des sub-prime suivie par l’effondrement des marchés financiers après la faillite surprise de la banque des frères Lehman.

Avec B-2, la reprise est dans les normes : dans les 3 % correspondant à l’addition des gains de productivité dans leur moyenne historique (de 2,5 %) et du taux de l’augmentation de la population (active, de 0,5 à 1 %), sans excès ni créations fortes d’emplois, mais cette reprise est plus durable au point que les marchés n’anticipent toujours pas la chute de la croissance du PIB (la courbe des taux est encore très pentue).

B-2 a réussi l’exploit de maintenir les taux à un niveau historiquement bas (nettement en dessous de leur bande normale de fluctuation), ce qui diminue les frais financiers pour tous les investisseurs et favorise la reprise de la croissance sur des bases saines, sans excès d’investissements car la reprise n’a pas été fulgurante,
Graphique 2 :

Il est même possible d’imaginer que B-2 ait pu réussir l’exploit historique d’avoir fait baisser durablement les taux avec les rendements du 10 ans fluctuant dans une bande idéale qui pourrait être normale à l’avenir de 3,0 à 3,5 % (bande verte),
Graphique 3 :

Le niveau des rendements des Notes à 10 ans est la base de la construction logique de tous les marchés.
Depuis 1960, les rendements réels de ces Notes à 10 ans (diminués du taux de l’inflation sous jacente mesurée par le PCE:PILFE) ont fluctué autour d’une valeur critique de 3 %
(bande bleue),
Graphique 4 :

Jusqu’en 1982, les rendements réels de ces Notes à 10 ans ont été de l’ordre de 2 %, ce qui était faible. Les investisseurs avaient alors intérêt à placer leurs capitaux en actions, ce qui favorisait la croissance.
Par la suite, de 1982 à 2002, c’est-à-dire pendant la longue phase de lutte contre l’inflation, ils ont été de 4 % environ, ce qui favorisait les placements de père de famille en bons du Trésor, ce qui est contreproductif car, financer le déficit de l’Etat n’a jamais créé de valeur ni de richesse.
Depuis 2002, ces rendements réels du 10 ans restent bas : dans les 2 %, ce qui favorise les investissements en actions qui sont actuellement sous cotées de l’ordre de 25 %.

Le maintien de taux bas a été grandement favorisé en 2010 par les problèmes des euro-zonards, ce qui permet de transformer miraculeusement ces idiots a priori nuisibles en idiots utiles. Ils pourraient redevenir très utiles pour B-2 avec les restructurations de dettes publiques (de la Grèce et du Portugal) et la nécessaire recapitalisation de big banks par les contribuables euro-zonards.

Le maintien de taux bas a aussi pour conséquence d’attirer les capitaux hors des Etats-Unis, dans les pays émergents et en Europe, ce qui y accentue les tensions inflationnistes et la faiblesse anormale du dollar (US$) par rapport aux autres monnaies, le tout favorisant les Etats-Unis.

Cliquer ici pour lire mon article précédent sur ce thème.

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