EDF : pas au courant des dettes !

Le directeur financier d’EDF vient de claquer la porte car il estime que les projets de construction de centrales nucléaires au Royaume-Uni (23 milliards d’euros envisagés) risquent de faire monter les dettes à un niveau insoutenable, mais compte tenu de l’état actuel de l’endettement d’EDF : 178,462 milliards d’euros de dettes à long terme (et non pas 37,4 milliards comme cela est reproduit par tous les journaleux) pour 34,749 milliards de capitaux propres (en fait moins 10,236 milliards d’écarts d’acquisition, goodwill en anglais soit 24,513 milliards réellement), pourquoi est-il resté jusqu’à présent ?

Document 1 :

Un petit rappel de la règle prudentielle d’endettement bien connue du gearing : les dettes à long terme d’une entreprise (en dehors des banques) ne doivent pas dépasser 50 % du montant des capitaux propres.

EDF est totalement hors normes, un monstre issu de la pire époque de l’URSS, un pur produit de la nomenklatura franchouillarde qui publie… ses bilans avec un S !

Document 2 :

Ce ne sont pas les bénéfices qui vont permettre d’augmenter le montant des capitaux propres,

Document 3 :

Seul l’Etat français (et des institutionnels amis) est assez fou pour être actionnaire de cette société dont moins de 3 % sont en réalité dans le public.
Le cours est passé d’un plus haut de l’ordre de 80 euros à 10 euros,

Document 4 :

La capitalisation boursière de 19 milliards d’euros est nettement inférieure au montant des capitaux propres.
Bravo les artistes !

La nomenklatura franchouillarde est la grande spécialiste des entreprises les plus grosses et les plus endettées, que ce soit pour les Gos banques ou les entreprises historiquement étatiques : Engie est même le plus grand producteur mondial d’électricité après EDF !

Son gearing est moins pire mais hors normes de toute façon,

Document 5 :

Engie a le mérite de publier des provisions qui respectent les règles comptables, ce que ne fait pas EDF qui n’est évidemment pas sanctionnée…
Par contre, Engie ne publie pas son bilan mais un Etat de situation financière (!) assorti d’un… goodwills avec un S !

Document 6 :

Il est difficile de comprendre ces gens-là…

Et là encore, ce n’est pas avec une perte de 5 milliards d’euros qu’Engie améliorera son gearing,

Document 7 :

Beaucoup d’entreprises ne respectent pas les règles prudentielles d’endettement, ce qui est grave, surtout pour les Gos banques.
Ce qui est encore plus grave est cet empilement de dettes : des banques surendettées prêtent à des entreprises elles-mêmes surendettées !

C’est là un problème particulièrement grave qui inquiète beaucoup la BRI.
La Fed vient de durcir les mesures pour restreindre justement ces empilements de dettes.

Le surendettement d’entreprises gigantesques inquiète toute personne sensée, les Français étant hors normes…

Cliquer ici pour lire le rapport financier d’EDF,
Cliquer ici pour lire le rapport financier d’Engie,

31 réflexions sur “EDF : pas au courant des dettes !”

  1. Et la nomenklatura de vous répondre: “Et alors, ca tourne depuis des décennies et ca continuera de tourner. Pourquoi ca s’arrêterait? Comment imaginez vous la fin du mouvement perpétuel?” 😀

  2. bonsoir.
    la cour des comptes tablerait sur une centaine de milliards pour la sécurisation des 58 centrales nucléaires existantes d’ici 2030.sans parler des soucis avec l’EPR de flamanville…une paille quoi !

    1. Il y a quand même 45 milliards de provisionnés dans les comptes, ce qui n’est pas négligeable. Le fond du problème est que l’effet de ce coût est très dépendant de la durée de vie des centrales. Pour mémoire, les raffineurs ne ferment jamais complètement leurs raffineries en France car sinon, ils devraient dépolluer les sites …

  3. Bonjour,

    Vous indiquez : 248,435 milliards d’euros de dettes à long terme …

    J’ai regardé leur rapport annuel 2015 et je n’arrive pas à ce chiffre.

    Pourriez-vous confirmer ce chiffre, et me donner quelques indications sur comment vous y arrivez ?

    Merci pour vos précisions, et pour cet article qui est plus que d’actualité …

      1. Bonjour,

        Je crains que vous ayez additionné les 69.973 Mds aux 178.462 Mds du passif non courant qui contient déjà les 69.973 Mds de provisions non courantes. Leur dette long terme est pour moi les 178.462 Mds du passif non courant, et non les 248.435 Mds (la somme des deux montants, dont un compté en double).

        Peu importe les 248 ou 178 Mds, c’est gigantesque …

        Merci pour vos précisions.

        1. Oui, vous avez raison ! J’ai été trompé par la présentation : les provisions ne devraient pas être globalisées, surtout en gras, mais apparaitre sans le sous total comme les autres postes.
          Merci ! C’est corrigé.

          1. Je vous en prie, et merci à vous pour tout ce que vous faites … c’est vraiment appréciable car on n’a pas toujours le temps de faire toutes ces recherches et analyses. Merci encore.

  4. N’y devrait il pas y avoir une provision pour les retraites ? il me semble en effet qu’EDF a un statut “particulier” sur ce point

    1. La CTA (Contribution Tarifaire d’Acheminement), très mal nommé est en fait une taxe destiné à payer le régime spécial des retraites de la branche. En effet, le secteur a été ouvert à la concurrence, mais les avantages du personnel ont été élargis à la branche professionnelle de manière à ce que les nouveaux entrants ne bénéficient pas du régime commun pour leurs employés. Faut pas rêver non plus …

    1. En temps normal, un CE c’est 1 % de la masse salariale. Mais EDF a un régime spécial, avec barbelé et verre pilé : 1 % du CA. C’est facile d’être communiste quand on a les moyens.

  5. bonsoir,pour la sncf en 2014 je trouve:

    capitaux propres – goodwill: 5,368 Md €

    passif: 42,197 Md €

    également assez loin d’un gearing de 50 % .un peu moins pire qu’EDF !

    1. Pour une entreprise non bancaire, il faut prendre en considération les capitaux propres réels mais uniquement les dettes à long terme, ce qui constitue le gearing à distinguer du leverage.
      Pour la SNCF au 2° T 2014, les capitaux propres sont de 4,5 mds et les DLT de 18,2 mds…

  6. Bonjour,

    La SNCF suit ou précède sa grande sœur électrique. Dans les deux cas, on nous fait focaliser sur ce qu’on voit, là l’EPR et ici les rames TGV ou la nouvelle ligne Paris Bordeaux, en faisant oublier le reste: management, engagement divers comme les retraites, le démantèlement des vielles centrales nucléaires et leur remplacement (nous avons quelques soucis à nous faire en matière d’approvisionnement énergétique dans 20 ou 30 ans), productivité, etc,…
    Au delà de l’aspect symbolique de ces entreprises (on peut y rajouter AREVA ou Air France), on constate que puissance publique et capitalisme ne sont pas faits pour vivre ensemble.

    Bonne journée

    1. La puissance publique qui se targue en permanence de stratégie mène au contraire tout le temps des politiques à court terme. Asservir les intérêts des entreprises sous contrôle au temps politiques très rapide est un vrai problème. Et je ne parle me^me pas des divergence d’intérêt profond entre politique et entreprises publiques, particulièrement notable avec EDF, le nucléaire étant un argument de chantage avec les écologistes, l’environnemental étant à la mode et les tarifs une forme de redistribution.

    2. D’après des articles de presse, la SNCF va enregistrer 12 mds de pertes / dépréciations d’actifs, pour 4,5 mds de capitaux propres au 30 juin dernier, euh… Y’aurait pas un petit problème ?

  7. La Banque Centrale Européenne a dans ses livres des centaines de milliards d’obligations d’Etat pourries.

    La Banque Centrale Européenne est devenue une gigantesque fosse à merde.

    A propos de la Banque Centrale Européenne, Olivier Berruyer écrit :

    C’est triste un système monétaire qui meurt, et est placé en soins palliatifs…

    Je vous ai mis à jour le bilan de la BCE (de l’EuroSystème pour être exact, c’est-à-dire la BCE + toutes les banques centrales nationales) :

    Bilan de l’EuroSystème :

    https://www.les-crises.fr/wp-content/uploads/2016/03/bilan-eurosysteme-1update-1024×696.jpg

    Titres en euros dans le bilan de l’euroSystème :

    https://www.les-crises.fr/wp-content/uploads/2016/03/bilan-eurosysteme-2update-1024×692.jpg

    On voit bien le QE en cours, où la BCE rachète essentiellement des obligations publiques, augmentant donc son risque…

    La BCE, une incroyable aventure historique dont votre argent est le héros… (sic.)

  8. Pas tout à fait d’accord avec ces règles de 50% surtout pour des entreprises industrielles ou bien vraiment pour des gens hyper frileux, avec un tel ratio, on ne pourrait quasiment jamais rien faire.
    L’important est le rendement, emprunter à 3% pour construire qqch qui peut rapporter du 20% par an (il y a toujours un risque), refuser pour une question de 50%, me semble stupide. Les fonds propres doivent être là pour supporter la défaillance de 10-20% des projets vu qu’à ce moment là, plus personne ne voudra vous donner de l’argent alors que vous en avez besoin.

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