Q€ pour les nuls et tsunami bancaire

De petits rappels s’imposent avant d’aborder le problème…

Au XX° siècle finissant, les systèmes bancaires européens et Nord-américains fonctionnaient normalement car les banques respectaient plus ou moins bien les règles prudentielles d’endettement que ce bon vieux Greenspan avait édictées, à savoir un multiple (le leverage) inférieur à 12,5 (c’est-à-dire que le total des dettes de toute banque ne doit pas dépasser 12,5 fois le montant de ses capitaux propres), connu aussi sous son inverse en pourcentage, le ratio core Tier 1 qui devait être supérieur à 8 %.

Comme beaucoup de banques ne respectaient plus ces règles, le désordre s’est accentué et les autorités américaines ont pris des mesures radicales, en particulier en flinguant pour l’exemple la banque des frères Lehman, ce qui a fait réagir positivement les dirigeants des banques qui respectent maintenant ces règles prudentielles d’endettement.
Les marchés bancaires fonctionnent normalement aux Etats-Unis avec donc des fondamentaux rétablis, ce qui permet de restaurer une croissance quasiment normale sans inflation.

Il n’en est pas de même en Europe. Les autorités n’ont pas imposé de mesures radicales. Pire : elles ont toujours soutenu l’insoutenable, à savoir des banques qui ne respectent pas ces règles prudentielles d’endettement.
Le premier résultat en a été le blocage du marché interbancaire de la zone euro.
En effet, avant les turbulences financières de 2008, les banques qui avaient une position nette créditrice (vis-à-vis de leur banque centrale) prêtaient toujours leurs disponibilités aux banques qui avaient une position débitrice.
Depuis les turbulences de 2008, comme les dirigeants des banques, connaissant la réalité de la situation, n’ont plus confiance dans les autres banques, les banques qui ont une position nette créditrice refusent donc de prêter leurs disponibilités à celles qui ont une position débitrice.
Elles ne prêtent plus qu’à la BCE qui a donc été amenée à prêter ces disponibilités aux banques qui ont une position débitrice, remplaçant ainsi le marché interbancaire qui reste bloqué.

Pire : comme beaucoup de banques manquent de disponibilités, les Marioles de la BCE ont décidé de leur prêter des centaines de milliards d’euros supplémentaires à des conditions très avantageuses, officiellement pour qu’elles prêtent cet argent à leurs clients (pour financer leurs investissements), ce qu’elles ne font pas car elles placent en retour ces milliards à la BCE.
Autre formulation : la BCE prête des centaines de milliards d’euros à des banques qui les redéposent à la BCE, ce qui correspond à une cavalerie très lourde !

Document 1 :

La manip marche tant que les banques déposent à la BCE l’argent reçu de la même BCE, mais ça coince quand trop de banques sont obligées de conserver ces disponibilités pour ne pas sombrer.
C’est ce qui se passe toujours lors de périodes de grandes tensions, et c’est ce qui vient de se passer : vendredi dernier, les Marioles de la BCE ont été obligés d’emprunter… 47 milliards d’euros à de généreuses, anonymes et mystérieuses Zadministrations publiques déjà surendettées !

Document 2 :

Tout va bien ! Il n’y a pas eu de tsunami bancaire.
Du moins pour l’instant.
Les tensions sont considérables, comme le plongeon récent des cours des actions, en particulier des banques, le montre clairement.
Les autorités des Etats-Unis n’interviennent plus maintenant pour sauver le Bund qui reprend sa baisse vers le zéro absolu de tous les dangers.
Il est difficile de prédire ce qui se passera mais de toute façon, le proche avenir est historiquement très sombre.

6 réflexions sur “Q€ pour les nuls et tsunami bancaire”

  1. le bund est déjà en territoire négatif sur les échéances jusqu’à 9 ans (20 ans pour la Suisse…)

    Les « marioles de la BCE » – indépendante politiquement en théorie – comme la plupart des autres banquiers centraux occidentaux proviennent de banques US majoritairement avec en premier lieu GS (cf. leurs carrières avant d’occuper leur poste). Je pose donc la question: à vous lire, comment peut-on expliquer ce grand écart entre les banquiers américains si vertueux et efficients et les banquiers européens si stupides et marioles alors qu’ils proviennent du même sérail et croient aux mêmes dogmes ?

    1. Il faut faire une distinction entre les cadres dirigeants de grandes banques US (qui ont une culture monétaristes et qui défendent les intérêts US) et les autres, tels que les Marioles qui n’ont jamais fait partie de ce sérail restreint…

  2. Extraits d’un mail que je viens d’expédier :
    « L’Amérique, c’est ce qui s’est coupé de nous et qui se retrouve mieux organisé, en position de force.
    En se coupant des racines européennes, du même coup il y a eu coupure du stress ancestral véhiculé par ces mêmes racines. Moins de stress associé à l’espoir d’une vie nouvelle, les ingrédients étaient alors réunis pour mettre en place une nouvelle organisation, organisation plus performante que l’européenne. »

    « Donc deux réussites : une réussite sur place et une réussite extérieure… Malgré tout, la réussite extérieure d’être de beaucoup plus prestigieuse que la réussite de ceux qui sont restés sur place. Cette réussite extérieure, c’est l’Amérique pour l’Europe, Europe jalouse et qui cherche à se structurer comme une égale à l’Amérique, cela pour tenter de lui faire contre-poids et de récupérer sa suprématie perdue. Mais c’est peine perdue.
    Mais comme pour l’Amérique ses racines sont quand même en Europe, celle-ci a besoin de la garder pour elle. Qu’elle se tourne vers Poutine ne peut que déplaire tandis que les nationalistes voient en Poutine un espoir de se libérer de la prégnance américaine. »
    ….
    « Il y a eu dissociation traumatique. La notion de traumatisme implique qu’il ne peut y avoir véritable réconciliation, à moins d’effacer le traumatisme induit par la scission initiale. Mais comment ce qui triomphe peut reconnaître l’existence d’un traumatisme lié à sa réussite ? Ce n’est que lorsqu’il est en mis en échec qu’il peut enfin commencer à faire ce travail de reconnaissance. Et encore ? Il préfère s’amputer de ce qui fait défaut (ainsi le flinguage de la banque des frères Lehman aux USA). Tout cela parce que c’est un vrai con, cerveau en forme de cône, tout glisse dessus, rien ne pénètre.
    Dans le comportement de l’establishment français (on évite d’écrire intelligentsia) des éléments relèvent de l’esprit américain (là, la cassure à l’égard du peuple de souche), d’autres relèvent de ceux qui sont resté et tentent de faire masse pour faire contrepoids. »

  3. M. Chevallier,
    Pourriez vous expliquer les raisons pour lesquelles la BCE prêtent aux banques qui n’ont manifestement pas besoin de fonds car elles redéposent à la BCE ?. Quelle est l’utilité de cet aller/retour ?.

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